Article : LE BRÉSIL DE BOLSONARO EST-IL EN TRAIN D’INSTAURER LA TERREUR POLITIQUE ? /L’Humanité

Mercredi 13 Mars 2019 de Nicolas Dutent

Rappel des faits Le pouvoir de Jair Bolsonaro, qui cible peuples autochtones, communauté LGBT, progressistes… alarme militants et intellectuels.
Susana Bleil Docteure en sociologie, maîtresse de conférences à l’université du Havre
Éric Fassin Sociologue, département d’études de genre et de science politique, université Paris-VIII, Laboratoire d’études de genre et de sexualité (Paris-VIII-Paris-Nanterre).
Antoine Acker et Sébastien Rozeaux Historiens, membres cofondateurs de RED-Br (Réseau européen pour la démocratie au Brésil)

« NOS VIES VALENT MOINS qu’un tee-SHIRT »

Par Susana Bleil, docteure en sociologie, maîtresse de conférences à l’université du Havre

Scène 1. Un ami, professeur d’université, rentre au Brésil le 28 février, après un court séjour en France. De l’aéroport, il nous écrit : « Je rentre à Rio, la mort dans l’âme. »

Scène 2. Le dimanche 3 mars, nous sommes dans la rue, à Atibaia, à 67 km de Sao Paulo. Geovani Doratiotto fait partie d’un groupe de carnaval qui mène une action contre le harcèlement sexuel. Soudain, il est pris à partie par plusieurs individus qui commencent à l’insulter, à le frapper et à lui donner des coups de pied. Avocat et président du Parti des travailleurs de cette commune, Doratiotto porte un Tee-shirt avec la devise « Lula libre ». Conduit de force à la préfecture de police, Geovani est tout d’abord menotté. Lorsqu’il pose des questions sur son incarcération (et sur la remise en liberté de ses agresseurs), un policier lui casse le bras, en déclarant : « Menotter, c’est peu. » Sa compagne s’exclame : « Nous subissons des attaques gratuitement et nos vies valent moins qu’un Tee-shirt ! » Ces deux exemples peuvent-ils démontrer que la terreur s’infiltre au Brésil dans l’espace public et dans les esprits ? Le sentiment de peur faisait sans aucun doute partie du quotidien des Brésiliens avant même le 1er janvier 2019, jour de l’investiture de J. M. Bolsonaro. Un seul événement peut attester le déclin de l’État démocratique au Brésil. Le 17 avril 2016, lors du procès de destitution de Dilma Rousseff, parmi les 367 députés qui votent pour cette destitution, le député Bolsonaro se distingue par sa violence verbale. Il dédie son vote « à Dieu », « à la famille », « aux forces armées » « contre le communisme » « et à la mémoire du colonel Carlos Alberto Brilhante Ustra », tortionnaire patenté et bourreau personnel de Dilma Rousseff pendant la dictature militaire (1964-1985). Bolsonaro a fait sauter le verrou du politiquement correct et a libéré un discours raciste. En défendant la torture et l’extermination des « communistes », il ouvre toutes les possibilités pour mettre fin à la fragile démocratie brésilienne…

Pour lire la suite , cliquez ici et abonnez-vous à l’Humanité

%d blogueurs aiment cette page :